• 5
    10/09

Rencontre avec Jean-Marie Poncelet

Parlons photo animalière avec Jean-Marie

Trente ans de photos, des dizaines de milliers de déclenchements et une bonne connaissance de l’avifaune, Jean-Marie Poncelet n’est pas un petit joueur et cela se voit au premier coup d’oeil sur ses photos. Rencontre avec cet amoureux du chardonneret élégant en 13 points. C’est parti!

Bonjour Jean-Marie. Je connais tes photos par le biais du groupe Photofaune, mais peux-tu te dévoiler un peu plus?

Bonjour Fabien, je m’appelle Jean-Marie Poncelet, j’ai 55 ans et j’habite Grivegnée sur le dessus de Liège. Je suis ingénieur en construction, après quelques années dans le privé, je suis retourné sur les bancs de l’école pour enseigner des cours techniques théoriques en secondaire supérieur. Je suis marié… père de 3 filles (Caroline 27 ans, Annick 25 ans et Aude 15 ans) et propriétaire d’un bouvier des Flandres : Baloo.


Depuis quand pratiques-tu la photographie? Est-ce la photo qui t’a amené au monde animalier ou l’inverse?

J’ai commencé la photographie il y a une trentaine d’années mais uniquement de la photo souvenir (vacances, enfants, etc.) La photo animalière et principalement la photo d’oiseaux est venue fin 2004 où, lors d’une balade familiale j’ai photographié un canard en vol… ce fut le début d’une grande passion. Des oiseaux, je connaissais les passereaux grâce à mon grand-père qui pratiquait la tenderie… une activité courante dans ma jeunesse. Puis, pour pouvoir identifier, et mieux connaître le comportement des oiseaux, nous avons suivi avec mon épouse, Joëlle, une formation de deux ans en ornithologie de terrain. Cela m’aide énormément pour le repérage, l’approche et la reconnaissance vocale des espèces… Je dis souvent que les oiseaux on les voit d’abord avec ses oreilles.

Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus - Kentish Plover)

« (…) la reconnaissance vocale des espèces… Je dis souvent que les oiseaux on les voit d’abord avec ses oreilles. »

Quels sont tes sujets de prédilection? As-tu des coups de cœur ou des espèces que tu étudies plus particulièrement?

Vous l’aurez deviné… les oiseaux et plus particulièrement nos oiseaux, ceux de nos jardins, ceux qui vivent près de chez nous. Avec un intérêt particulier pour l’oiseau en vol.
Lorsque l’occasion se présente, parfois lors d’un affût, j’aime aussi photographier des mammifères (cervidés, mustélidés) ou alors, à la bonne saison, les papillons qui sont aussi des sujets intéressants.

Que contient ton sac photo? Petite description de ton matériel.

Je suis devenu canoniste un peu par hasard. C’est simplement parce que Canon a sorti le premier reflex numérique grand public le 300D à l’époque.
Maintenant, j’utilise comme boîtiers : un canon EOS 1D MKIII et un canon EOS 50D et mes objectifs de prédilection qui ne rentrent pas facilement dans mon sac : canon EF 500/4 L IS USM, canon EF 400/5.6 L USM canon EF 300/2.8 L IS USM avec en complément pour les paysages un canon EF 24-105/4,0 L IS USM

Quelle est l’importance du post-traitement dans ton travail? Retravailles-tu beaucoup tes clichés?

Je les retravaille, mais le moins possible. Oui : une correction des niveaux, un recadrage et une légère accentuation sont utilisés. Il m’arrive parfois d’éliminer un élément perturbateur du décor… mais il faut que l’image soit fidèle à ce que j’ai vu sur le terrain.

  • Machaon
  • Chevêche d'Athena (Athene noctua - Little Owl)

Beaucoup de gens et de jeunes se lancent dans la photo animalière aujourd’hui. Comment vois-tu la photographie de vie sauvage actuellement?

Le matériel se démocratisant c’est normal que la photo nature soit de plus en plus prisée. C’est un hobby sain dans cet environnement magnifique qu’est la nature mais il faut faire très attention à ne pas la perturber. Il ne faut pas franchir certaines limites pour faire LA photo du siècle… le respect de l’animal et de son environnement est pour moi indispensable.

Une question qui est un peu un rituel maintenant : peux-tu nous faire partager une anecdote particulière, croustillante, amusante, qui te serait arrivée lors d’une sortie photo.

Je vais vous parler d’une frayeur… J’étais accroupi le long d’un étang, caché dans les hautes herbes photographiant des jeunes Grèbes huppés quand je sentis dans mon oreille un souffle, une respiration haletante… Je me retournai doucement et me trouvai nez à nez avec un molosse… un gros Pitbull… Immédiatement j’ai une sueur froide… je me demandai à quelle sauce j’allais me faire manger. Heureusement, il était tenu en laisse et son propriétaire m’a directement rassuré en me disant qu’il était gentil… je pense qu’il avait vu ma tête pas très rassurée. Je n’ose imaginer ce qu’il se serait passé si le chien avait été seul…

Quelle est ta pratique de la photo animalière, es-tu plus billebaude ou affût?

Martinet noir (Apus apus - Common Swift)

Je fais souvent de l’affût dans ma voiture. Si les oiseaux ont peur des hommes il n’en est pas de même pour nos véhicules. Un filet de camouflage attaché à la portière pour être le plus discret possible et voici un affût de luxe.
Une autre pratique que j’aime beaucoup est l’approche. Lorsque je repère des oiseaux posés ou occupés à se nourrir j’essaye de m’en approcher le plus possible en faisant des photos à chaque mètre gagné sur eux. Cela ne fonctionne pas pour toutes espèces mais les passereaux comme les Chardonnerets, Tarins et autres Verdiers sont mes cibles privilégiées pour cet exercice.

De quoi est constituée ta photothèque? Connais-tu le nombre de photos et d’espèces que tu possèdes?

De mémoire je dirai 80% de photos d’oiseaux et le 20% restant pour les paysages, les insectes, les mammifères sans oublier les photos familiales.
Environ 200 espèces d’oiseaux pour les autres catégories je ne sais pas. Je dois avoir plus de 50000 photos mais je suis incapable de te donner un chiffre précis.

Livre, exposition, projet?

Je fais de la photo d’oiseaux par plaisir et pour le plaisir de partager ma passion de la nature et cela au travers de pas mal de forums ou de listes sur internet. J’ai des photos dans des revues, des livres et sur des sites Internet cela me satisfait pour l’instant.

Selon toi, qu’est-ce qu’une photo réussie?

Une photo réussie pour moi est un souvenir « papier » d’une rencontre, d’un évènement dont j’ai été témoin et que je vais pouvoir partager avec d’autres.

J’ai demandé à Jean-Marie de sélectionner une de ses photos favorites :

Chardonneret élégant
Chardonneret élégant (Carduelis carduelis – Goldfinch)

J’ai sélectionné l’espèce plutôt que la photo… le Chardonneret élégant qui est mon oiseau préféré. C’est un choix sentimental car ce passereau faisait partie de mon univers étant enfant.

Je te laisse carte blanche pour la fin.

Tout d’abord, je remercie Fabien pour avoir pensé à moi pour une interview. Je suis content que cela finisse, car je suis bien plus à l’aise derrière un réflex que derrière un clavier à parler de moi ;-).
Profitons de la chance que nous avons de pouvoir côtoyer la nature sous toutes ses formes et espérons que la folie des hommes ne nous prive un jour de cette beauté.


Retrouvez les superbes photos de Jean-Marie sur son site : http://www.jmponcelet.be/.

Plus d’infos sur les espèces photographiées par Jean-Marie :

Me suivre sur twitter et Facebook - Mots-clefs : , , ,
  • 9
    08/09

Rencontre avec Nathalie Annoye

Qui nous parle de sa photographie

Deuxième rendez-vous avec un photographe de vie sauvage sur feub.net. Ou devrais-je plutôt dire une photographe, car il s’agit de Nathalie Annoye. Ses photos ne passent pas inaperçues, cette passionnée d’ornithologie pratique son art dans tous les milieux avec une petite préférence pour les polders et le bord de mer. Mais laissons-là elle-même nous parler de la photo by Nath!

Bonjour Nathalie, nous allons débuter par une petite présentation. Qui es-tu?

Bonjour Fabien. Je m’appelle Nathalie Annoye, j’ai 45 ans, je vis en Belgique depuis 8 ans déjà, et suis originaire du Nord de la France, le pays des ch’tis :-) J’ai grandi dans le bocage de l’Avesnois, dans un petit village de campagne.
Je pratique la photo depuis 2002, et l’observation depuis plus longtemps encore, vers l’âge de 15 ans après avoir reçu un guide ornitho en cadeau d’anniversaire. Puis j’ai arrêté quelques années et j’ai repris tout cela très activement dès mon arrivée en Belgique avant de m’équiper en matériel photo.

D’où provient ton attirance pour la photographie de vie sauvage?

J’ai toujours aimé les animaux, depuis toute petite, poils et plumes, et puis j’ai toujours vécu à la campagne, cela crée des liens très forts avec la nature.. J’aimais aussi toutes ces émissions animalières comme « Caméra au poing » avec Christian Zuber, et d’autres encore, et puis les livres sur la nature, et donc les images, je pense que tout cela est lié.
Mais c’est vraiment le numérique qui m’a permis de réaliser un rêve d’enfant, un vieux rêve mis un peu de côté par la vie et ressorti juste au bon moment. Le fait de photographier les oiseaux me rapproche d’eux aussi. Je les regarde vivre, j’observe leurs comportements entre deux photos, c’est un tout je pense.

  • Barge à queue noire (Limosa limosa - Black-tailed godwit)
  • Avocette (Recurvirostra avosetta - Pied avocet)

Je crois que tu es française du nord exilée en Belgique. Parle-nous de ta région d’adoption.

Oui, tout à fait, je vis maintenant dans le centre de la Belgique, en Brabant Wallon, une région bien sympa. Sa situation géographique me laisse le choix lors de mes sorties photo entre la côte et ses polders d’un côté, ou bien le massif ardennais de l’autre, avec ses rivières, ses paysages plus rudes sur les hauteurs du pays. Autrement dit, une grande diversité de milieux et d’espèces sur un « petit » territoire.

As-tu des sujets de prédilection? Plutôt mammifères, oiseaux… Qu’aimes-tu plus que tout avoir devant ton objectif?

J’aime autant les oiseaux que les mammifères, mais j’ai tout de même un attachement particulier pour les oiseaux, et à choisir, je dirais les limicoles, et les nocturnes. Le petite chevêche par exemple, me fascine énormément.
N’étant pas assez proche de la forêt pour y faire des suivis réguliers, je fais peu de cervidés car cela demande beaucoup de temps et de préparation que je n’ai pas toujours.

Si mes sources sont bonnes, tu es « canoniste ». Parle-nous de ton matériel.

C’est bien cela. J’ai choisi Canon pour plusieurs raisons, notamment l’ergonomie des boitiers, une douceur que je retrouve dans les images, et la qualité des optiques.
J’ai débuté avec un 100-400 mm, et après avoir comparé avec l’équivalent Nikon, mon choix s’est porté sur le Canon, plus réactif, un autofocus qui accroche mieux. Puis tout est parti de là et j’ai continué de m’équiper chez canon. Je travaille avec le canon eos 50D et le 300 f/2.8 sur lequel j’ajoute le convertisseur 1.4 ou le x2 occasionnellement.
Un peu de macro aussi de temps à autre avec le 100 mm macro que j’apprécie beaucoup aussi, et pour le paysage un simple 17/85 me suffit.

Macreuse noire (Melanitta nigra - Common scoter)

« Je cherche à restituer au mieux ce que j’ai vu dans mon viseur au moment de l’observation. »

Et niveau traitement des photos, y attaches-tu beaucoup de temps, d’importance? Retravailles-tu tes images?

Le traitement est important dans le sens où il y a toujours un petit truc à corriger sur une photo, mais pour une question d’honnêteté, je ne pratique que les réglages de base, luminosité, accentuation, parfois un petit recadrage, mais j’évite afin de garder un maximum de résolution pour l’impression.
Je cherche à restituer au mieux ce que j’ai vu dans mon viseur au moment de l’observation, et j’estime que cela se travaille sur le boitier. C’est aussi le plaisir de l’utilisation du boitier avant celui de l’ordi. Je déteste par exemple tout ce qui est HDR, qui rendent la photo trop artificielle, je préfère prendre le temps d’attendre une belle occasion, la nature est suffisamment riche et belle pour nous offrir tout ce qu’il faut. A nous d’aller vers elle et de se bouger un peu. Une belle photo se mérite.

Quel matériel informatique utilises-tu? Mac ou PC? Logiciels…

Pc pour l’instant, un Dell core2 quad, avec un bon écran « Bright » pour bien voir les détails des plumages, mais je réfléchis de plus en plus pour me tourner vers mac à l’avenir, leurs écrans sont très beaux aussi. Deux disques externes pour mes sauvegardes, et imprimante Epson 3800 pour mes tirages.
Comme logiciels, j’utilise Photoshop CS3, ACDSee pro pour le classement, Publisher pour la préparation des impressions. Et mon site est entièrement réalisé par mes soins ;-)

Tu as fait de la disgiscopie pour l’abandonner au profit de la photo « traditionnelle ». Orientation un peu à contre courant, on voit souvent des photographes s’équiper en digiscopie. Pourquoi ce choix?

Tu sais bien qu’on est jamais content, celui qui commence par la digi a envie de passer au reflex et inversement ;o)))
Non en fait il y a 2 raisons principales, l’envie de faire autre chose que de la « photo – ornitho  » d’une part, et aussi la difficulté de trouver un appareil qui convienne pour la digiscopie à chaque renouvellement, c’était chaque fois le casse tête pour trouver l’adaptateur, c’est beaucoup de bricolage.
Ensuite, il faut admettre que point de vue qualité, cela reste toujours de la photo au compact avec un piqué moyen, et j’avais envie d’évoluer de ce point de vue là, et ça, on ne le trouve que sur un boitier reflex + téléobjectif. Même chose pour la réactivité, nécessaire en animalier. Le temps de faire une photo en digi, j’en ai fait 10 au réflex ;o)
Ces derniers ont bien évolué aussi, les prix devenus  » abordables », un piqué fantastique, des arrière-plans bien flous comme j’aime, un matériel au final plus souple d’emploi puisque je peux aussi faire du vol ou photographier depuis l’intérieur de la voiture, vraiment c’est que du bonheur.
Évidemment, il faut travailler davantage son approche, faire plus d’affût, j’avais un peu peur au début de voir mes sujets trop éloignés, et finalement ça n’a pas été le cas. Mais je ne regrette pas cette période qui m’a beaucoup appris, autant sur la photo que sur les oiseaux, je me suis beaucoup amusée aussi, à une époque où cette technique était toute récente, où chacun y allait de sa petite découverte ou de son petit bricolage et le partageait avec les autres sur le net, c’était fantastique. J’en garde un très bon souvenir. Beaucoup de digiscopeurs de l’époque sont maintenant passés au reflex également.

Quelle est ton éthique photographique, ta philosophie?

Surtout ne pas déranger, c’est le plus important pour moi. Le respect avant tout. La photo oui, mais pas à n’importe quel prix. Et puis les attitudes sont tellement plus jolies lorsqu’elles sont naturelles… Donc je prends énormément de précautions, surtout en affût, j’y vais progressivement en l’installant suffisamment loin, quitte à m’approcher un peu la fois suivante si je suis sûre de ne pas gêner, et si je détecte la moindre inquiétude chez l’oiseau, je ne vais pas plus loin ou fais marche arrière, tant pis pour la photo.

Peux-tu nous faire partager une anecdote particulière, croustillante, amusante, lors d’une sortie photo.

Chevêche d'Athéna (Athene noctua - Little owl)

Alors ce sera la dernière qui m’est arrivée, oh rien de rare du genre casse cou, mais rigolote : j’avais installé un affut pour la chevêche, dans une prairie, le long d’une haie. Une heure plus tard, j’entends… scroutch scroutch, scroutch, je jette un oeil à droite, et je vois les vaches qui s’approchent, une bonne dizaine… Jusque là ça va, et puis je n’ai pas peur des vaches, sauf que tout à coup, j’en vois 8 alignées à ma droite en train de m’observer à 2 ou 3 mètres. Cernée par les vaches j’étais.. ;-))
Alors je me dis, bah, vaut peut être mieux que je me montre, on ne sait jamais, et comme ça, elles vont s’éloigner… Ce n’est pas que j’avais peur, mais du style « pas très à l’aise » on va dire. J’agite alors ma casquette, je tape dans les mains, rien n’y fait. Elles continuent de me regarder fixement ! Arf, y a plus de respect de nos jours ;-))
Alors, ma foi, que veux tu que je fasse… je suis retournée sous mon filet.. Là dessus, j’ai mangé ma tartine avant que mes chevêches ne reviennent, et les vaches ont continué de brouter, on a « soupé » ensemble ;-) la vie quoi… :-))

Une question qui sera peut-être un leïtmotiv de cette rubrique : Billebaude, approche ou affût?

Bien j’aime bien tantôt la billebaude, tantôt l’affut, selon les espèces bien sûr, mais aussi pour varier les plaisirs.
J’aime l’affût pour me fondre dans l’environnement, n’écouter que la nature, et laisser l’oiseau venir à moi.. La billebaude pour saisir sur le vif ce qui se présente, le côté inattendu, et là, c’est moi qui vais vers eux, j’aime ça aussi.

As-tu des projets particuliers en tête dans un avenir à court, voir moyen terme? Exposes-tu en ce moment ou prochainement?

J’ai fait quelques expos cette année, c’était vraiment sympa. Ma prochaine ce sera en septembre dans le cadre du festival de l’oiseau et de l’optique à l’aquascope de Virelles (Belgique) puis le festival de la photographie animalière à Namur (Belgique) en octobre. Et pour 2010 une expo sur les nocturnes durant 1 mois de nouveau à l’aquascope de Virelles (Belgique). Voilà pour l’instant.

Ta photo préférée.

Hibou des marais (Asio flammeus - Short-eared owl)
Hibou des marais (Asio flammeus – Short-eared owl)

Certainement le hibou des marais, photographié en contre jour dans les polders fin 2008. Beaucoup d’émotions à observer cet oiseau magnifique, c’était une première pour moi et pour la région où il est venu en hivernage.

Je te laisse carte blanche pour la fin.

Ouf, la torture est terminée (rire). j’ai toujours un peu de mal à parler de moi. ;o)) Merci Fabien de m’avoir donné l’occasion de me prêter au jeu. Le petit mot de la fin serait un souhait : qu’on arrête de détruire notre belle planète, et que l’on conscientise enfin que nous avons une chance fantastique d’y vivre, alors respectons-là !


Retrouvez le monde et les photos de Nathalie sur son site internet Lueurs Sauvages : http://www.lueurs-sauvages.com/.

Me suivre sur twitter et Facebook - Mots-clefs : , , ,
  • 17
    06/09

Rencontre avec Alex Dubois

Qui nous parle de sa photographie

J’inaugure aujourd’hui cette nouvelle rubrique qui sera une entrevue avec un photographe de nature. Je souris un peu pour ce lancement car il commence par « Rencontre avec (…) » et il faut savoir que je connais Alex depuis plus de 20 ans (ça nous rajeunit pas ça..), il est donc comme un frère. C’est logiquement qu’il débute cette rubrique d’interview que j’essaierai de faire régulièrement.
Rien de révolutionnaire, juste une séquence de questions-réponses qui permet de connaître et de mieux cerner l’approche d’un photographe de vie sauvage. Entrons maintenant dans le vif du sujet.


Voici le premier entretien avec Alex qui est un Vosg’pattes exilé dans l’ouest de la France depuis pas mal d’années maintenant et qui s’est orienté vers la photo animalière et de nature voilà quelques années après avoir pratiqué la photo paysagiste et généraliste.

Salut Alex, pour commencer peux-tu te présenter rapidement.

Salut Fabien! Alors comme ça, on se tutoie? Bon, ok, tu as de la chance qu’on se connaisse depuis plus de 20 ans… Je m’appelle donc Alexis Dubois (tout le monde m’appelle Alex, même moi), j’ai 34 ans depuis peu et je suis vosgien, né dans un magnifique village nommé Bussang, situé au fond de la plus belle vallée du monde, la vallée de la Haute-Moselle, que tu connais parfaitement, tu ne me contrediras donc pas! Malheureusement, je n’habite plus les Vosges depuis maintenant 9 ans puisqu’en 2000, j’ai du m’exiler en Seine-Maritime pour le boulot. J’habite maintenant un petit village de 900 âmes dans l’Oise, perdu au milieu des champs.

Comment est née cette passion pour la photo de faune sauvage?

Disons que j’ai toujours été proche de la nature, à ma manière. Par là, j’entends que je pratiquais, dans ma jeunesse, la rando avec mes parents (Hautes Alpes, Haute Maurienne, Queyras…) ce qui a exercé mes yeux aux merveilleux paysages que ces régions m’offraient (bon, ok, je ne semblais pas suffisamment sensible à ça quand j’étais tout jeune, aux dire des mes parents!). Je faisais aussi beaucoup de VTT et de ski de fond dans mes Vosges. Tout ça, bien qu’axé sport, me faisait côtoyer la nature constamment, même si ce n’était pas d’un point de vue de naturaliste.
Quand j’ai (re-)commencé la photo, avec mon D70, je me suis cherché pendant un moment, ne sachant pas vers où me diriger en tant que photographe. Et puis, petit à petit, grâce à un de mes très proches qui s’y est mis en même temps (j’espère que tu te reconnaîtras!), je me suis dit que la photo animalière et de nature était tout à fait pour moi. Ne croyez cependant pas que c’est un choix par défaut! J’ai toujours été proche de la nature, ça me permettait donc de l’être encore plus.

Vosgien exilé en Picardie, parle-nous de ces deux pays d’un point de vue photographique. As-tu une préférence pour l’un ou l’autre lorsque tu es derrière ton viseur?

Humm…difficile à dire tant je suis fondamentalement attaché à mes Vosges. Pour être impartial, il me faut faire un effort! Je dirais qu’au point de vue de la faune sauvage, j’ai la sensation qu’il est plus facile de la côtoyer directement ici. Les forêts sont moins denses et partout entourées de champs, dans lesquels il est assez fréquent de trouver des cervidés ou des canidés. En revanche, niveau paysage, il n’y pas de questions à se poser, les Vosges sont purement et simplement merveilleuses. Les reliefs proposés par les ballons permettent de remplir le cadre avec leur troisième dimension. Ici, tout est assez plat, il faut chercher pour avoir quelques valons. La mer et surtout la côte d’albâtre, du Havre à Dieppe, peut être un très bon palliatif à mes montagnes. Mais elle est à 100km, au plus près de la maison. Pour autant, ne vous méprenez pas, il y a tout de même de très beaux paysages ici!…J’avais prévenu, être impartial, pour un pur vosgien, c’est difficile!

Quels sont tes sujets de prédilection? Qu’est ce qui te fait vibrer lorsque tu pars pour faire de la photo?

Le sous-titre de mon site, peut être un brin pompeux, résume bien mes sujets principaux: photographie animalière et de nature. En fait, paradoxalement, je pars très souvent en ballade, avec, pour but, pas forcément de faire des photos. Je vais sortir le cliché habituel mais me faire une sortie comme ça me permet d’être en communion avec la nature. D’autant plus que je suis à 99% seul lors de ces sorties, d’où la sensation de fusion totale. Voilà, c’est ça qui me fait vibrer. Ca et aussi l’observation qui est une base essentielle à la photo animalière. Je prends autant de plaisir à faire un belle photo de chevreuil que de l’avoir dans mes jumelles à 300m et de l’observer évoluer dans son milieu naturel.
Il y a une chose aussi qui me fait vibrer, mais là, je pense que tout le monde va se moquer de moi…j’aime me retrouver en tenue photo, c’est à dire en tenue entièrement camouflée! J’ai l’impression d’avoir une armure, qui sent très fort parce que je ne la lave jamais, mais une armure quand même!

Quel est ta philosophie en ce qui concerne la photographie de vie sauvage?

Ma philosophie est simple: prendre mon pied en dérangeant le moins possible. Et si je ne peux pas faire de photo, tant pis, je n’en fais pas. Je ne vais pas faire n’importe quoi dans l’unique but de ramener une photo qui, de toute façon, ne me fera pas plaisir en le regardant, sachant ce que j’ai fait pour l’avoir.
Par exemple, ce que j’aime, c’est me retrouver face à un groupe de chamois et qu’ils continuent à faire comme si je n’étais pas là alors que je suis à 20m d’eux. Mais tu dois connaître cette situation, non?
Et en ce qui concerne la vie sauvage, je me dis qu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’autre bout du monde quand tu ne connais déjà pas ce qu’il y a au bout de ton jardin. Bon, c’est vrai que je ne dis pas qu’un voyage en Alaska ne me ferait pas plaisir! Mais les animaux croisés derrière chez toi sont-ils pour autant moins sauvages?

« Les reliefs proposés par les ballons permettent de remplir le cadre avec leur troisième dimension. »

Parlons technique. Tu es Nikoniste, est-ce un choix ou le hasard? Décris-nous ton matériel.

Non, ce n’est pas un hasard. J’ai toujours connu mon père avec un appareil à la main, son Nikon FM, surtout quand nous faisions nos randos dans les Alpes. Par la suite, quand j’ai commencé la photo, dans les années 90, je lui ai bien sûr emprunté. A l’époque, je ne faisais pas de photo animalière mais c’est grâce à ça qu’en 2004, quand j’ai acheté mon premier reflex numérique, je me suis tout naturellement tourné vers Nikon après un passage éclair chez Canon avec un G2. D’ailleurs, ce premier Nikon D70 est devenu l’appareil de mon père quand je suis passé au D300. Niveau objectifs, j’ai le Nikon 18-70mm de base, le Nikon 50mm f/1.8, le Micro Nikkor 60mm AF-S f/1.8 et pour finir le Sigma 120-400mm OS APO HSM. Ce ne sont pas exactement les objectifs de mes rêves mais on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut. Et puis, ce n’est pas le matériel qui fait l’oeil. Malgré tout, j’aimerais me trouver un Nikon 12-24mm f/4 d’occas pour les paysages et peut être un Nikon 300mm f/4 avec un multiplicateur, en attendant mon 500 f/4!…C’est beau de réver…
A côté de ça, en accessoires, j’ai un trépied Manfrotto 055XPROB avec une rotule 488RC0, une housse anti-bruit «Photo & Nature», deux filets de camouflage, un large synthétique et un petit faisant aussi office d’écharpe et des waders pour mes sorties dédiées à la photo en milieu aqueux. Et récemment, je me suis construit mon affût flottant, que je n’ai pas encore eu l’occasion de tester.

Niveau traitement et développement, quels sont tes orientations et tes choix?

Quand mes photos concernent la faune ou la flore, j’essaie de faire en sorte que le rendu soit le plus proche possible de ce que j’ai vu, de la réalité, en somme. En revanche, je m’autorise à pousser un peu mes post-traitements quand ce sont des paysages, par exemple pour dramatiser encore un peu plus une scène. En revanche, j’ai testé quelques fois la photo HDR et je n’aime vraiment pas ça, cela donne des rendu vraiment trop peu réalistes. Certes, certains photographes maîtrisent cette technique à merveille, ce qui ne laisse pas supposer qu’il y a de la HDR derrière mais soyons francs et honnêtes, la plupart du temps, c’est juste ignoble!
Coté gestion, je confie ma photothèque à Lightroom. J’utilisais il y a encore quelques années de ça, Iview Media Pro. Mais franchement, maintenant, je ne comprends pas qu’un photographe, amateur comme moi, les pros peuvent avoir d’autres exigences, n’utilise pas cet outil tant il simplifie le flux de travail. Un seul outil, à un coût pas très élevé au regard des performances, pour importer ses photos, les taguer, les classer, les développer, les exporter, les imprimer, créer des galeries web! Même si certains moteur de développements propriétaires, comme Capture NX pour Nikon, sont certainement plus performants, en tant qu’amateur, il faut faire preuve de pragmatisme. Je recommande Lightroom à tous.

Quelle scène ou espèce rêves-tu de photographier?

Les rêves, il en faut, c’est souvent grâce à eux qu’on peut avancer. Il ne faut cependant pas les confondre avec les fantasmes!
J’ai eu l’occasion d’assister, l’été dernier, à un mulotage de renard, sans pour autant réussir à le photographier. Voilà déjà une scène que je rêverais de figer sur mon capteur. Ca et le passage de proie entre busards Saint-Martin. Je sais qu’ils ne sont pas irréalisable, mais il va falloir sacrément bosser pour y arriver! Ensuite, comme tout photographe animalier vosgien qui se respecte, il est bien évident que réussir à avoir un lynx de notre massif dans le viseur serait l’expérience ultime. Mais bon…là, on est presque dans le domaine du fantasme.
Ensuite, coté paysages, je rêverais de pouvoir me payer un voyage en Alaska pour ses grandes étendues d’une splendeur à couper le souffle et pour finir, une belle aurore boréale ! Voilà, je pense qu’avec ça, j’ai déjà balayé une bonne partie de mes rêves.

Une anecdote lors d’une sortie photo…

Ahahah, oui, j’en ai une et en plus qui rejoint la réponse à la question n°5. C’était au mois de Septembre dernier, j’avais repéré un bon coin pour un éventuel affût. Lors du brâme, plusieurs sorties de suite, j’ai aperçu un couple de chevreuils qui sortait du bois, toujours au même endroit. Je me suis dit que ça valait le coup de s’y rendre un matin de bonne heure avant le boulot, la lumière étant favorable à ce moment de la journée. J’y suis donc allé et ça ne faisait pas 15mn que j’étais en place sous mon filet que le couple sort de la forêt. Trop content, que j’étais ! Le temps passe, ils se rapprochaient lentement de moi. J’ai fait mes photos. Et le temps a encore passé…et passait de plus en plus ! Ils sont restés plus d’une heure devant moi. Je ne voulais pas bouger pour ne pas les déranger. Tant et si bien qu’une fois qu’ils ont enfin décidé à quitter les lieux (il semblerait qu’ils aient fini par me sentir), j’ai couru pour revenir à ma voiture, je me suis changé à toute vitesse, j’ai roulé comme un fou sur la route (pas bien !!) mais rien n’y a fait…je suis arrivé en retard à la réunion qui était programmée avec mon chef et en plus, je puais le chacal ! Le pire, c’est qu’il a fallu que je m’explique !

Quelles sont tes influences, tes photographes préférés et pourquoi?

Ma réponse risque d’être bateau mais quel photographe animalier ne répondrait pas Vincent Munier à cette question, d’autant plus s’il est vosgien ? Dans toutes ses photos, il y a une âme, une histoire, elles racontent toute quelque chose. Il accorde autant, voire plus d’importance à l’environnement, au cadre de vie de l’animal qu’à l’animal lui-même ce qui peut produire des photos à l’ambiance complètement éthérée. Il va même plus loin puisque pour lui, la photo n’est pas une finalité en soi. Rien que le fait d’être dans son affût au milieu de nulle part suffit à le combler. Et alors que dire de son livre « Clair de Brume » qui est du pur enchantement, que toute personne amoureuse des Vosges devrait avoir dans sa bibliothèque. Et pour l’avoir rencontré, je peux dire qu’il est d’une gentillesse hors norme, très humble, presque surpris que tant de gens soit en admiration devant son travail.
Sinon, j’aime aussi beaucoup le travail de Joël Brunet. Passer 10 ans de sa vie à suivre les chats forestier est tout simplement énorme et les photos qui en découlent sont absolument magnifiques. J’ai eu l’occasion de voir son exposition à Montier…par moment, j’en avais les larmes au yeux tellement c’était beau. Je suis d’ailleurs revenu avec 2 clichés signés!
Je ne vais pas tous les citer, ça ferait beaucoup, mais il y a aussi Fabrice Cahez (encore un vosgien!), Franck Renard, Stefano Unterthiner (sa série des portraits de macaques à crête, pfff) et plein d’autres!

Billebaude, approche ou affût?

Un peu de tout en réalité ! Je mixe les styles. En fait, il m’arrive fréquemment de faire des affûts en billebaude. Mais je reste persuadé que le mieux, c’est l’affût pour augmenter les chances de réussite. La billebaude est trop aléatoire pour donner de bons résultats. C’est bien quand l’objet de la sortie n’est pas de ramener des photos d’une espèce précise ou qu’elle est dédiée à la macro. En même temps, je me vois mal faire un affût pour une araignée ou un champi ! Quant à l’approche, je n’ai jamais vraiment essayé, à part sur les chamois des Hautes Vosges qui sont moins farouches que les cervidés de nos forêts. Je pense que je suis pour l’instant trop fébrile pour ça, pas assez confiance en moi on va dire. J’aurais trop peur de la louper et de déranger et puis finalement ne pas ramener de photos.

Très proche de la nature, quel est ton regard sur notre monde civilisé, sur la biodiversité et les questions d’environnement?

On va dire que je suis plus proche de la nature que la plupart de mes concitoyens, collègues ou amis. De là à dire que je suis très proche…tu me diras, ce n’est qu’une notion de point de vue. Mais vu que je ne passe concrètement que mes week-ends dans la nature, il y a certainement une foule de gens plus proches de la nature que moi. Ceci étant dit, mon principe de base, c’est de laisser la plus petite empreinte possible là où je vis. Ça se concrétise par des actions toutes simples et de base comme avoir des récupérateurs d’eau de pluie pour arroser nos plantes et notre jardin, trier les ordures, faire du compost, ne pas semer du gazon pour la pelouse mais laisser le près d’avant la construction de la maison reprendre ses droits. J’aimerais pouvoir faire beaucoup plus, surtout pour l’eau. Quand on pense que nous utilisons de l’eau potable pour nos toilettes ! Ce sera peut être possible s’il m’arrive de construire ma propre maison. Toutes ses actions sont finalement assez simples et pourtant j’ai l’impression que peu de gens le font. Autour de moi, dès que je commence à parler environnement, j’ai l’impression d’être un extra-terrestre pourtant il n’y a rien d’extraordinaire dans ce que je fais. J’ai la désagréable sensation que la plupart des gens ne se rendent pas compte de la chance que nous avons de vivre sur cette Terre magnifique et ça me désole. Le gros problème pour moi, c’est que j’ai de plus en plus de mal à me contenir nerveusement dès qu’on commence à aborder le sujet de la protection de la Nature au sens large. Je n’arrive vraiment pas à comprendre qu’on puisse ne pas en prendre soin. Et malheureusement, ça me contraint très souvent à ne pas m’exprimer sur ce type de sujet.

Des projets particuliers à venir?

Oui et heureusement ! Comme tous les photographes, j’imagine. Je viens de me construire mon affût flottant mais je ne l’ai pas encore mis à l’eau. Je pense que j’irai faire mes tests sur la partie de l’Epte que j’ai déjà exploré. J’y ai aperçu un martin pêcheur, ca sera un bon sujet de test. Ensuite, on vient de me fournir de précieuses informations de localisation d’une harde de cerfs, qui plus est pas très loin de chez moi. Si jamais je réussissais à en figer sur capteur, ce serait un grand moment pour moi. On va dire que ce sont les 2 principaux projets que j’ai à court terme. A plus long terme, il y a aussi l’achat d’un 500 f/4 ! Il fait bon rêver.

Je te laisse carte blanche pour terminer.

Eh bien, je voulais commencer par te remercier, Fabien. Ca ne m’arrive pas souvent de m’exprimer comme ça sur ma passion ! Même si l’écriture n’est vraiment pas ma tasse de thé (mon 8 à l’écrit du bac français se fait ressentir !), c’était plaisant de répondre à ton interview.

Ma dernière phrase sera pour les lecteurs : Allez en forêt ! Profitez de la Nature et ouvrez les yeux. Vous découvrirez des choses jusque là insoupçonnées rien qu’autour de vous ! Mais surtout…respectez la.


Pour terminer, voici les adresses où retrouver Alex et ses photos :

Me suivre sur twitter et Facebook - Mots-clefs : , , ,
eXTReMe Tracker